La convention de l’UNESCO sur la diversité culturelle: peut mieux faire?

La convention de l’UNESCO sur la diversité culturelle: peut mieux faire?

La convention de l’UNESCO sur la diversité culturelle: peut mieux faire? 2500 2500 SOS - Save our Spectrum

Si les diplomates constituent un corps en voie d’extinction dans notre monde hélas obnubilé par les guerres, ils n’ont pourtant pas à rougir de leur bilan. Entre arrangements de cessez-le-feu et accords de paix, entre conventions internationales et traités en bonne et due forme, ils n’ont cessé de déployer des compétences remarquables en vue de concilier les vues d’acteurs les plus divers à travers le monde. La Convention de l’UNESCO de 2005 sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles en témoigne, monument consacré à la gloire de la culture et aux moyens de la soutenir dans ses aspects hérités aussi bien qu’en gestation: https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000142919_fre

Historique, ce document s’est assuré une certaine longévité en prenant largement en compte l’impact des technologies de l’information et de la communication (TIC), à la fois sur le patrimoine acquis et à venir. Vingt après, il n’est pas sans intérêt de procéder à un examen de ses dispositions à la lumière de l’actualité. A cet effet, le rapport de 2022 intitulé “(Re)façonner des politiques pour la créativité” et financé par l’agence suédoise de coopération et de développement international, offre un outil à la fois commode et complet:

https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000142919

Puisque nous nous exprimons en tant que “SOS – Save Our Spectrum” il nous sera pardonné d’adopter le point de vue de la communauté dite PMSE (Programme Making and Special Events).

Partant d’un bon pied, le rapport note que les industries culturelles et créatives contribuent au PNB mondial à hauteur de 3,1%, et à 6,2% de l’emploi total.

Le second objectif est ainsi défini: “Obtenir des échanges équilibrés de biens et services culturels tout en accroissant la mobilité des artistes et autres professionnels de la culture.” Le secteur PMSE s’est toujours acquitté consciencieusement de cette haute mission, en faisant appel aux technologies qui stimulent la création et la dissémination des contenus au programme des concerts publics et qui facilitent la mobilité des artistes.

Dans la section intitulée “Ce qui nous attend: l’importance de considérer la culture comme un bien commun à l’échelle mondiale”, on peut lire ceci au haut de la page 29: “Soutenir activement l’émergence de marché locaux de biens et services culturels et favoriser l’accès efficace et licite de ces productions aux marchés internationaux, en tenant compte de l’expansion tant des gammes proposées par les créateurs que des attentes des consommateurs, dans le respect du dispositif prévu par la Convention.” On croirait lire la feuille de route des PMSE; les concerts publics offrent en effet un filon particulièrement fécond pour découvrir de nouveaux talents locaux et les propulser à travers les frontières. Mais, détail important, ils ne peuvent avoir lieu que si les bonnes fréquences sont disponibles.

On retrouve ce thème en page 58, depuis la perspective, cette fois, de la formation et de l’éducation: “Il peut arriver que l’offre de programmes soit insuffisante en matière de films ou d’audiovisuel, bien que ces domaines fassent l’objet de mesures politiques précises et soigneusement évaluées. Dans ces conditions, le talent original aura des difficultés à trouver sa place dans l’industrie mondiale du film et de la télévision. Le faible niveau de formation au management culturel emporte des conséquences identiques. Dans cet esprit, les nouvelles générations de dirigeants politiques et d’entreprise gagneraient à recevoir une formation adéquate si l’on attache du prix à une gouvernance durable de la culture.” Une telle formation devrait intégrer, pensons-nous, des notions élémentaires sur la gestion du spectre radioélectrique. Il suffit pour s’en convaincre de constater que les concerts publics représentent 45,1% des revenus des artistes du domaine musical en Europe. Or sans fréquences adéquates et stables, pas de concert.

Le chapitre 2 invite à “Assurer une diversité de voix dans les médias”. Il suggère en page 71 que “citoyens et communautés devraient avoir accès à un grand choix de contenus et pouvoir prendre part à la création et à la diffusion de ceux-ci.” Pourtant, à défaut de spectre disponible, cette recommandation, pour excellente qu’elle soit, restera un voeu pieux.

Le chapitre 3 passe en revue les “Nouveaux défis et opportunités qui se présentent aux industries culturelles et créatives inclusives dans un environnement numérique.” Observant que “Les stratégies numériques nationales ignorent souvent les préoccupations et les besoins propres aux secteurs culturels et créatifs”, il recommande “le développement de modèles de gouvernance intersectorielle impliquant les ministères de la culture, de la communication (ou ceux dont le portefeuille comprend les médias et la radiodiffusion), du commerce international et de l’industrie (ou ceux chargés du droit d’auteur), le secteur privé, la société civile, ainsi que l’élaboration de stratégies régionales.” La culture est en effet souvent victime d’une approche “en silo” qui attribue aux opérateurs de réseaux sociaux ou de télécommunications une sorte de prérogative numérique, donnant ainsi à penser que la culture est un vestige de l’ère analogique. Rien n’est plus faux, comme en témoigne le succès croissant de secteurs tels que PMSE ou jeu vidéo, tous deux à la pointe des technologies numériques.

Dans la même veine, au sein des conclusions et recommandations publiées en page 115, le rapport invite “les Parties à élaborer leurs stratégies ou projets numériques sur la diversité des expressions culturelles en étroite consultation avec les parties prenantes des secteurs culturels et créatifs, y compris les pouvoirs publics (ministères de la culture et autorités chargées de la communication, la radiodiffusion, la technologie, le commerce et la propriété intellectuelle, comités artistiques, etc) et les organismes représentant la société civile.” Cette dernière est en effet la préoccupation primordiale de toutes les entreprises au service des consommateurs. Les acteurs du PMSE ne font pas exception, qui s’attachent depuis l’origine à combler les attentes des mélomanes et autres fans de musique à travers le monde.

En page 128, une réponse au sondage sur la société civile indique que “Les données sont essentielles si l’on veut appréhender le présent, fixer des objectifs ou des paramètres utiles. Un tel exercice est vain à défaut de données fiables. La Convention fera d’autant plus d’émules que ses Parties seront capables de créer, produire, diffuser et distribuer les expressions culturelles qui leur sont propres en fonction de leurs conditions et besoins nationaux.” S’il est vrai que les bonnes politiques sont fondées sur les faits, force est de constater que les statistiques relatives à la culture et à la création – de nature à étayer et crédibiliser le discours des PMSE – sont trop souvent difficiles à trouver. Cependant les ministères de la culture font – probablement grâce à la numérisation – de réels progrès à cet égard, notamment en ce qui concerne le secteur des festivals.

L’encadré 4.5 qui figure en page 132 aide à définir une participation authentique: “C’est une chose de se voir consulté, c’en est une de prendre part au processus, et c’en est une autre de constater au final que votre contribution a porté ses fruits.” (Macdonald Macdee Chidavaenzi – interprète, producteur de musique, et directeur chez Eternity Productions). Les acteurs du PMSE ne sous-estiment nullement l’importance de sonder et comprendre leur public en permanence afin de répondre à ses attentes, voire de les anticiper.

Le chapitre 5 intitulé “Réimaginer la mobilité pour les artistes et autres professionnels de la culture” insiste à juste titre sur l’obtention de visas. Point d’artiste, point de spectacle. Mais un acteur du PMSE ajouterait que l’assurance de disposer d’une bande de fréquences appropriée à travers l’ensemble d’une région est tout aussi essentielle. Point de son, point de concert. Ainsi la bande 470-694 MHz est appréciée des artistes car elle leur permet de faire le tour de l’Europe avec leur propre équipement audio. 

Les commentaires de Christopher Bailey, Chef de la section “Arts et Santé” à l’OMS, ne sont rien moins qu’une “cerise sur le gâteau” d’un point de vue de PMSE (page 51): “La publication du rapport de l’OMS intitulé “Les arts peuvent-ils vraiment améliorer la santé et le bien-être?” a fait naître autour du monde une conversation qui dépasse le cadre des voies et moyens qu’ont les disciplines artistiques d’influencer la santé. Ce rapport montre comment la musique, les arts visuels, la danse et les autres formes d’expression créative peuvent participer à la réhabilitation des blessures physiques, soutenir le moral, et contribuer au bien-être social. Un nombre croissant d’organismes de recherche à travers le monde s’attache non seulement à concevoir des interventions faisant appel aux arts et à en mesurer l’efficacité sur la santé, mais aussi à identifier les mécanismes ainsi mis en oeuvre, au moyen d’études neurologiques ou biochimiques.” De tels propos peuvent paraître évidents. Enoncés par une organisation censée représenter l’autorité suprême dans le domaine de la santé mondiale, ils prennent valeur de consécration officielle des activités PMSE. 

La lecture qui précède de ce remarquable rapport est partiale à deux titres: elle ne retient, d’un document très complet, que quelques citations, et elle épouse délibérément le parti d’un secteur particulier des industries culturelles. Celui-ci se voit ainsi conférée une dimension de tabou, l’élément omniprésent dont personne ne parle. Cette anomalie n’est pourtant pas dépourvue de remède. Loin de nous l’idée de proposer d’amender le texte de la Convention UNESCO de 2005, processus par trop long et complexe. Nous voyons simplement un encouragement à tirer plein avantage du système des Nations-Unies dans cet extrait de la page 195: “La Convention (ou ses objectifs et principes) est citée en référence dans 12 instruments internationaux de l’Assemblée Générale des Nations-Unies (UNGA), du Conseil des Droits de l’Homme (HRC), de l’Organisation Mondiale du Tourisme (UNWTO), de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF) et des “United Cities and Local Governments” (UCLG).” L’UIT, institution-clé (et la plus ancienne) du réseau des agences des Nations-Unies – du moins aux yeux du PMSE en raison du rôle décisif joué par le cycle des CMR – n’est pas mentionnée, mais tout espoir n’est pas perdu. En page 220, Alexandra Xanthaki, Rapporteur Spécial des Nations-Unies pour les Droits Culturels, écrit en effet: “Dans l’étude des relations entre droits culturels et diversité culturelle qui permettra de promouvoir les droits culturels, il apparaît crucial pour l’exécution de mon mandat de collaborer étroitement avec la société civile et les organisations internationales, y compris l’UNESCO. Les droits culturels, tant des personnes que des communautés, ne peuvent s’épanouir sans protection de la diversité culturelle.” En outre, ce ne serait pas une première pour l’UNESCO de coopérer avec l’UIT, comme en témoigne, par exemple, leur Charte commune (avec l’UNICEF) sur les plateformes publiques d’éducation numérique: https://www.unesco.org/en/digital-education/learning-platforms-gateway/charter

Etant donné que le rapport sur la TNT du député Aurélien Saintoul multipliait les références au secteur PMSE

https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/rapports/due/l17b2059_rapport-fond il ne serait pas déraisonnable d’envisager une telle mention dans un instrument législatif ou diplomatique, mais notre propos se veut plus pratique et urgent: à la suite de deux évictions successives – au nom des “dividendes numériques” – de bandes de fréquences qui nous étaient précieuses, la communauté PMSE accueillerait volontiers l’augure d’une collaboration plus étroite entre l’UNESCO et l’UIT dans la perspective de la CMR-27. Une telle initiative serait de nature à faire reculer le spectre d’un troisième “dividende numérique”, celui qui mettrait un point final à l’activité PMSE et partant, à la création et à la dissémination en “live” de la culture européenne, celles vers lesquelles notre jeunesse se tourne chaque jour davantage.

Discuté et adopté lors de la réunion de SOS – Save our Spectrum le 15 mai 2026 à Paris.